Le jeûne : super détox?

Si on en croit ses promoteurs, le jeûne permettrait de se débarrasser des “tissus viciés” grâce à l’autophagie. Mais qu’en est-il vraiment?

Petit point scientifique sur l’autophagie

Les jeûneurs aiment à rappeler que leur histoire d’autophagie vient des travaux d’un prix Nobel, et c’est en partie vrai. Mais les ont-ils lus?

Que nenni !

Ce prix Nobel, c’est lui, Yoshinori Ohsumi.

source: Wikipedia

Il a en effet remporté le Nobel de médecine en 2016 pour ses travaux sur l’autophagie. Allons rapidement regarder de plus près les principales publications du docteur Ohsumi.

Un truc qui va être très clair dès le départ, il n’a jamais publié sur le jeûne (fasting).

Un deuxième détail, il n’a pas découvert l’autophagie (c’est même lui qui l’écrit dans cet article), il en a découvert les mécanismes, c’est très différent.

Bien, focalisons-nous donc sur le processus d’autophagie, comment ça marche? La suite de cet article se base principalement sur 3 publications dont vous trouverez les références à la fin et qui sont toutes disponibles en pdf sur le net.

En fait, il a été mis en évidence 2 types d’autophagies:

La première, l’autophagie non spécifique, est un phénomène qui se passe dans une cellule soumise à un stress. Elle va alors former un “phagophore”, une sorte de bulle fermée et qui va plus tard fusionner avec un lysosome, c’est-à-dire un organite de la cellule rempli d’acide qui va désintégrer ce qui vient à son contact. Voilà, l’autophagie, c’est la cellule qui séquestre un bout d’elle-même et qui le détruit. 

La deuxième, l’autophagie spécifique, c’est la même chose, sauf qu’au lieu de faire la bulle n’importe où dans la cellule, elle va récupérer des composants cellulaires qui marchent plus trop ou qui sont inutiles pour les détruire. En gros, la cellule fait son petit ménage.

Par contre, si la cellule contient trop de composants en mauvais état, elle fait une apoptose, en gros, un suicide cellulaire. *Pop!* A pu la cellule. Et si l’apoptose ne marche pas, l’autophagie dégomme tout et la cellule meurt.

Il a été montré qu’elle avait un rôle de protection des dommages à l’ADN, était une sorte de première ligne pour éviter la tumorigenèse, et qu’elle permettait, dans une certaine mesure, la destruction de certaines bactéries et certains virus entrant dans la cellule.

Ok donc l’autophagie, c’est le nettoyage de la cellule. Qu’elle soit saine ou pas, la cellule fait de l’autophagie. Il n’est donc pas du tout question, ici, de cibler les cellules ou les tissus “viciés” au bénéfice des tissus sains, le corps dégomme des composants cellulaires PARTOUT.

Et quel lien avec le jeûne? Vous allez dire “la réponse au stress”, et vous n’auriez pas tout à fait tort. Sauf que le docteur Ohsumi a montré que l’autophagie avait lieu tout le temps, à un niveau de base, qu’on mange ou pas. Enfin, ce n’est pas tout à fait exact, il a effectivement montré qu’elle avait beaucoup plus souvent lieu en période de jeûne de nourriture ou d’hydrogène. Hein? Mais l’extracteur tu délires avec ton histoire de jeûne d’hydrogène! Oui parce qu’il l’a montré sur les levures en fait, pas chez les humains.

Son équipe a tout de même fait une étude sur les souris qui montre qu’effectivement on a une autophagie plus importante des cellules saines pour maintenir l’homéostasie pendant…la période de jeûne juste après la naissance des bébés souris, en attendant la première tétée (la vraie, pas celle avec de l’eau de coco).

Encore une fois, on est très loin, dans ce cas, d’une action ciblée sur les tissus viciés en réponse à un jeûne.

Bon ok mais l’autophagie et les tumeurs ?

Ah vaste sujet. Encore en cours d’investigation par ailleurs. La question qui se pose n’est pas tant l’autophagie que l’apoptose des cellules cancéreuses. On estime que dans certains cas (certains mélanomes, cancer des ovaires et du sein, cancer de la prostate, cancer de l’oesophage), le jeûne ou la restriction calorique pourraient effectivement être « un plus » dans le cadre d’une chimiothérapie, une sorte de potentialisateur. Mais les études sont encore à leurs premiers stades, il faut donc faire preuve de prudence. Et attention, on parle ici de jeûne hydrique qui ne va pas au-delà de 3 jours de jeûne étalés sur 2 semaines, certainement pas de jeûne sec.

Encore une fois, l’utilisation malhonnête de la science peut conduire à de faux espoirs, à l’abandon de traitement alors qu’il n’en a jamais été question dans les études, et à la prise de risque inconsidéré sous couvert de citation des travaux d’un prix Nobel.

Sur ce, pensez à bien vous nourrir !

REFERENCES

Klionsky, D. J. (2007). Autophagy: from phenomenology to molecular understanding in less than a decade. Nature reviews Molecular cell biology, 8(11), 931-937

Nakatogawa, H., Suzuki, K., Kamada, Y., & Ohsumi, Y. (2009). Dynamics and diversity in autophagy mechanisms: lessons from yeast. Nature reviews Molecular cell biology, 10(7), 458-467

Kuma, A., Hatano, M., Matsui, M., Yamamoto, A., Nakaya, H., Yoshimori, T., … & Mizushima, N. (2004). The role of autophagy during the early neonatal starvation period. Nature, 432(7020), 1032-1036

Antunes F, Erustes AG, Costa AJ, et al. Autophagy and intermittent fasting: the connection for cancer therapy?. Clinics (Sao Paulo). 2018;73(suppl 1):e814s. Published 2018 Dec 10. doi:10.6061/clinics/2018/e814s

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